*Nianiania*
Tialek ressassait du noir. Il ressassait des pensées tellement noires, en fait, qu’un léger presque-nuage se formait au dessus de sa tignasse ébouriffée. Les éclairs imaginaires de ce nuage inexistant contribuaient en partie à le décoiffer encore plus – ce qui augmentait la taille du nuage, qui augmentait le décoiffement, etc, etc. Et tout cela, bien sur, n’avait pas lieu car c’était un nuage imaginaire. Mais quand on est possédé par un démon, les trucs imaginaires ont tendance à devenir un peu trop réel et … bref, la frontière entre ce qui existe et ce qui n’existe pas n’a qu’une importance toute relative et presque inexistante. Mais cela n’a pas d’importance, car la frontière inexistante, en tant que telle, possède une existence relative qui … hem.
Pourquoi donc ce beau jeune homme ressassait-il de telles pensées ? Bah. Ce matin, lorsqu’il s’était levé, il s’était rapidement regardé dans un miroir et … il avait remarqué que ses cheveux ne tenaient pas en place. Il avait eu beau les peigner, les mouiller, les huiler, les tyranniser, les menacer, les culpabiliser, etc, etc, rien n’y avait fait. Ils étaient restés dans le même état déplorable et pathétique.
Et voilà. C’était tout, oui. Mais, alors qu’en temps normal Tialek s’en serait absolument contrefiché, cette fois là … cette fois là, il ne voulait pas laisser passer un tel affront. Que diable ! Il était Tialek, et … ses propres cheveux oseraient le défier !? Non, cela ne se passerait pas ainsi.
Seulement … il n’avait pas trouvé de solution. Donc il portait un ptit nuage noir au-dessus de ses cheveux, et ça n’améliorait pas son humeur. Ni son humour. En temps normal, il aurait pu s’amuser des petits éclairs qui se faufilaient devant ses yeux, mais là … nan. Franchement pas.
Tout chagrin et plein de mourrons, le jeune homme se dirigeait vers la rivière – pas qu’il y réfléchissait vraiment, mais c’était là que le conduisait le chemin, et il n’avait rien de mieux à faire. Peut-être pourrait-il se noyer dans l’eau, exorciser le mal qui hantait ses cheveux, et ressusciter tout frais tout neuf. Ca devait être possible pour un démon, ça, nan ?
… peut-être pas. Bah. Il verrait bien une fois là bas, yaurait peut-être une belle fée qui lui proposerait d’exaucer un vœu, tout est possible pour qui espère suffisamment fort, hein. On peut toujours tenter le coup …
Tialek parvint finalement à la berge de la rivière et s’assit sur le sable mouillé. Sable mouillé qui, sentant l’humeur sauvageonne de celui qui reposait sur lui, préféra abandonner son statut mouillé pour passer directement à celui d’état sec. Capacité de survie élémentaire, dirons-nous. L’eau de la rivière semblait diminuer de profondeur du coté du jeune homme, mais …non, il devait s’agir d’une illusion d’optique. La frontière est toujours faiblarde, hein ?
Le silence était d’or. Silence malheureusement pas si silencieux à cause des saloperies de volatiles qui chantonnaient dans un arbre, mais … voilà. Après une chaussure lancée adroitement, le silence était tout bien comme il fallait. Par-faaaaaaaaaait. Il pouvait maintenant se reposer.